Le gouvernement CSV-DP voulait une ITM plus business friendly, Georges Mischo la lui a livrée. Le montant des amendes administratives (hors détachement) est passé de 5,73 à 1,96 millions d’euros entre 2024 et 2025. Le communiqué officiel tente de relativiser cette chute dans un style lisse et générique qui semble tout droit sorti d’une IA : « renforcement de son approche préventive », « pédagogie », « relation plus constructive », « plus partenariale », « sensibilisation ». Il s’agirait d’« orienter les pratiques vers une conformité durable ». Il s’agit surtout de protéger les entreprises locales. En parallèle, le montant des amendes distribuées dans le cadre du détachement (des entreprises européennes envoyant une partie de leurs salariés au Luxembourg) montent de quatre à 4,5 millions d’euros.
Dans sa préface au rapport annuel 2025 (publié cette semaine), Marco Boly rappelle que le nombre de contrôles est resté « comparable » (il est en léger repli, et s’établit à 5 047). Le directeur de l’ITM assure que « la capacité opérationnelle de l’Inspection n’a pas été réduite », mais que les interventions accordent « une place croissante au dialogue et à l’explication des règles applicables ». Les délais de mise en conformité ont, eux aussi, été rallongés. L’histoire récente de l’ITM suit un mouvement de pendule. Il y a dix ans, l’inspection était un tigre de papier : « Il semblerait que la direction minimise ou n’autorise l’exercice de leurs pouvoirs coercitifs qu’à titre exceptionnel ou même pas du tout », notait EY dans un audit accablant en 2015. Le ministre du Travail, Nicolas Schmit (LSAP), a finalement entamé le chantier d’une réorganisation, en chargeant Marco Boly (un ancien d’Arcelor) de le mener à bien. Non sans succès. Sur le terrain, le nombre d’inspecteurs du travail a explosé, passant de 29 en 2019 à 107 fin 2025. (Jusqu’en 2023, ce service était appelé « ICE » – pour « inspections, contrôles et enquêtes ».)
Or, voilà, ces jeunes inspecteurs commençaient à devenir trop actifs, du moins de l’avis d’entrepreneurs locaux, à commencer par l’Horesca, dont la fédération dénonçait les contrôles comme du « mobbing ». Le nouveau ministre du Travail, Georges Mischo (CSV), se rangeait ostensiblement derrière l’organisation patronale, poussant pour une ITM « coulante, jusqu’à un certain point ». Boly tentait une contre-offensive désespérée, déclarant, en février 2025 sur Radio 100,7 « pouvoir s’imaginer » que l’ITM passe sous la tutelle de la Chambre des députés pour garantir une « indépendance globale ». Il a fini par plier et par aller dans le sens du vent, annonçant en juillet 2025 : « Elo ass d’Zäit fir de Wind of Change ». Sur la question de l’ITM, Marc Spautz ne semble pas avoir rompu avec la ligne Mischo, déclarant cette semaine au Quotidien : « Les sanctions restent, mais il est essentiel de faire plus de sensibilisation ».