Prévisions de la BCL

Tétanos

d'Lëtzebuerger Land du 11.09.2008

La Banque centrale du Luxembourg (BCL) a revu à la baisse, hier jeudi, ses prévisions de croissance économique pour le Luxembourg en 2008, tablant sur une hausse de 2,9 pour cent du PIB. « L’activité économique est en train de décélérer Luxembourg, suite au ralentissement de l’économie au niveau international », a expliqué Yves Mersch, le gouverneur de la BCL lors d’une conférence de presse. En 2007, la croissance du PIB a été de 4,5 pour cent, chiffre avec lequel il faudra sans doute vivre au passé.

La BCL a livré cette semaine ses prévisions d’automne en l’absence de publication des chiffres de la croissance au second trimestre par le Statec. Une anomalie qu’Yves Mersch n’a pas manqué de souligner, indiquant que tous les autres pays de la zone euro avaient déjà fourni leurs chiffres en juillet dernier. Que  signifient ces cachotteries du service national de statistiques ?  

La BCL prévoyait lors de ses dernières projections en juin, une croissance du PIB entre 2,9 et 3,5 pour cent. Ses économistes privilégiaient toutefois la fourchette haute des prévisions, soit 3,5 pour cent. Dans l’intervalle, le moral des industriels luxembourgeois s’est dégradé ainsi que les affaires des banques, qui subissent indirectement les effets de la crise des subprimes. L’activité de la place financière, principal moteur de l’économie luxembourgeoise, a montré des signes de faiblesse avec des résultats avant provisions en baisse de 1,3 pour cent au premier semestre 2008 par rapport à la même période en 2007. Et tous les chiffres n’ont pas encore été publiés. Toujours aussi mordant avec la Commission de surveillance du secteur financier, le président de la Banque centrale s’est d’ailleurs ouvertement demandé si, compte tenu du changement de méthodologie dans la comptabilisation des résultats des banques, les données publiées au second trimestre étaient encore comparables avec les chiffres de 2007.  

À la stagnation de la production industrielle et aux « incertitudes entourant le secteur financier », s’ajoutent, selon Monsieur Mersch, l’augmentation du chômage et la dégradation de la productivité. « Le Luxembourg, a-t-il souligné, est le seul pays de l’eurozone à compétitivité négative ». Il a d’ailleurs mis en garde le gouvernement du Premier ministre Jean-Claude Juncker contre les dérapages inflationnistes.

La BCL table sur un taux d’inflation harmonisé en 2008 de 4,6 pour cent contre 2,7 en 2007.  « Le Luxembourg se trouve dans le champ des pays à inflation élevée et est bien au-delà de la moyenne de l’eurozone », a-t-il indiqué. Il a encore précisé que les pays à inflation comparable étaient tous « pauvres » et la hausse des prix avait chez eux une explication structurelle dans le rattrapage par rapport aux économies plus avancées de l’Europe.

Yves Mersch a une nouvelle fois pointé du doigt le mécanisme d’indexation des salaires en vigueur au Luxembourg, renvoyant ainsi la balle à Jean-Claude Juncker qui, la veille devant le Parlement européen rassemblé à Bruxelles, avait plaidé pour le maintien de l’indexation : «  L’indexation, qui a résisté aux assauts en faveur de sa suppression dans deux ou trois de nos pays, notamment en Belgique et au Luxembourg, a ses vertus si le système est appliqué avec mesure ». Discours radicalement opposé de la part d’Yves Mersch le lendemain : « L’indexation agit comme une tétanisation à court terme de l’économie domestique, nuisant à la compétitivité, la croissance et l’emploi à moyen terme ». Le dirigeant de la BCL a laissé entendre que la perte de compétitivité se faisait déjà sentir très concrètement dans le pays avec des Luxembourgeois qui faisaient de plus en plus appel à des entreprises étrangères.

Interrogé sur l’éventualité d’un troisième mandat de Jean-Claude Juncker à la présidence de l’eurogroupe en janvier 2009, Yves Mersch s’est dit « fier », à titre personnel, qu’un de ses compatriotes puisse retrouver un tel poste. Tout comme d’ailleurs il ne fut pas peu fier, la veille, de la victoire de l’équipe de football luxembourgeoise contre la Suisse.  

Véronique Poujol
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